Je cherche à me mettre dans un cadre de sécurité pour compenser toute mon angoisse. Mon dessin est le lieu de mes risques. Là où peut régner le chaos.
Mais je cherche à me rassurer dans la peinture. En ne m'éloignant pas ou peu du dessin que je me suis fixé. Mais, j'utilise la couleur pour rompre la rectitude de mon projet graphique.
Et tous ces contrastes pour ne pas laisser indifférent.
Je tâche de faire un travail dont la solidité se trouve au-delà des mots.
Et chaque toile est comme une pierre que je dois traîner et que j'empile pour aller plus haut.
Pour construire un tableau, je m'invente une boule d'images. Je la pétris de pensées diverses. Et lorsque la forme me plait, je la pose sur le support.
Je veux faire une peinture qui respecte les techniques anciennes, tout en utilisant les moyens d'aujourd'hui. J'utilise la peinture à l'huile (de lin), de la standolie, de la gomme copal, de la térébenthine de Venise, de la colle de peau, du plâtre amorphe, des pinceaux de martre ou synthétiques. Mais également l'aérographe et la peinture acrylique. De la toile de lin, comme de la toile synthétique.
Ma seule règle est de produire des oeuvres qui résisteront au temps.
Je ne fais ni de l'art abstrait, ni de l'art figuratif. Je ne représente pas. Mais je montre des instantanés de mon âme.
Il s'agit de ne pas duper le regard, de ne pas faire comme si. C'est pour cela que ce que l'image de la réalité, mais sa propre réalité.
Nature morte, paysage, scène de vie, je vois tout cela dans mon travail. Et l'ensemble est un autoportrait, forcément.
Je fais un travail sur la démultiplication des plans du tableau.
Il y a une image, puis une autre. Elles cohabitent, se fondent, forment un tout. Mais demeurent de simples parties.
Mon dessin est figuratif, mais non représentatif de la réalité. Ce que je représente ne se trouvant pas à l'extérieur du tableau "devient" et "est".
Bien que le fait de mettre, parfois, des formes aux allures de personnages dans mes compositions donne un côté surréaliste, je ne me sens absolument pas dans cette mouvance. Je ne travaille pas sur l'acte inconscient. Je pose ce que je ressens, ce que je pense. Et je refuse l'accident (sauf volontaire), l'acte manqué, et plus que tout, le repentir.
Je tente de produire des formes qui ne se réfèrent qu'à elles-mêmes. Je crée alors un univers personnel, que je veux reconnaissable uniquement par lui-même.
C'est là l'idée que je me fais de la création : tenter de faire exister l'inexistant. D'où la nécessité de titrer l'oeuvre : ce que l'on nomme existe, devient reconnaissable. Je peux alors jouer sur l'image et sur le mot.
Je préfère donc et de loin, être compris comme un irréaliste.